Tapez au moins deux lettres.

    Amorçage, série A, croissance : quels rendements et quelles pertes selon le stade ?

    Par Pierre du PED, structureur financier, 21 juillet 2025, études et marché

    Statue du Penseur devant une ville au coucher du soleil

    Investir dans une start-up qui n’a pas encore de clients et dans une PME qui réalise déjà 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, ce n’est pas le même métier. Le stade de développement de la société détermine presque tout : la probabilité d’échec, le temps avant la sortie, le prix d’entrée et le multiple qu’on peut espérer. Cet article fait le point, en s’appuyant sur les études de référence et sur notre base de 718 levées.

    Les stades, du plus risqué au plus mûr

    StadeSituation de la sociétéMontants typiques en crowdequityRisque d’échecHorizon de sortie
    Pré-amorçage (pre-seed)Idée, prototype, premiers testsMoins de 300 k€Très élevé7 à 10 ans et plus
    Amorçage (seed)Produit lancé, premiers clients300 k€ à 2 M€Élevé6 à 10 ans
    Série AModèle validé, croissance à accélérer1 à 5 M€Élevé à modéré5 à 8 ans
    Séries B, C et au-delàExpansion, internationalPlusieurs M€Modéré3 à 6 ans
    Développement, PME rentableActivité établie, rentable ou procheVariablePlus faible4 à 7 ans

    Ordres de grandeur indicatifs : chaque dossier est différent.

    Dans notre base, la levée médiane est d’environ 480 k€ et la moitié des levées se situent entre 285 k€ et 825 k€ : le crowdequity finance avant tout l’amorçage et la série A, les stades les plus risqués.

    Le détail de chaque tour (objectifs, investisseurs, montants) est expliqué dans notre article Du seed à la série C.

    Ce que disent les études sur les rendements

    Une majorité d’investissements perd de l’argent

    C’est la caractéristique centrale du capital-risque, et elle est confirmée par toutes les études :

    • Fonds de capital-risque. Sur 21 640 financements réalisés entre 2004 et 2013 et analysés par le fonds américain Correlation Ventures, 65 % ont rendu moins que la mise, 25 % entre 1 et 5 fois la mise, et seulement 4 % au moins 10 fois.
    • Business angels. L’étude de référence de Wiltbank et Boeker (2007), sur 1 137 sorties, trouve que 52 % des sorties ont rendu moins que la mise, tandis que 7 % ont dépassé 10 fois la mise et ont produit 75 % des gains. Une mise à jour plus récente relève une proportion de pertes encore plus élevée.
    • Crowdequity. Sur les 212 sociétés financées sur Crowdcube entre 2011 et 2015, une étude universitaire relève 18 % de défaillances quelques années plus tard. Début 2025, Crowdcube indiquait qu’environ 5 % de ses sociétés avaient connu une sortie et 74 % poursuivaient leur activité.

    Mais un portefeuille diversifié peut être rentable

    Ces mêmes études montrent qu’un portefeuille peut afficher un bon rendement grâce à quelques grands succès : dans l’étude Wiltbank, le multiple moyen atteint 2,6 fois la mise en 3,5 ans, soit un TRI d’environ 27 %. Deux réserves importantes : ce chiffre porte sur des investisseurs organisés en groupes, qui réalisent une analyse approfondie des dossiers, et seulement sur les sociétés déjà sorties.

    Les plateformes françaises communiquent aussi sur leurs succès : Sowefund annonce un TRI moyen de 24 % sur ses quatre sorties positives, LITA un TRI moyen de 18 % sur six sorties positives en actions. Ces chiffres excluent les échecs : ils montrent ce que rapporte une réussite, pas ce que rapporte un portefeuille. Dans notre base, les sorties recensées sur LITA sont d’ailleurs 22 négatives pour 3 positives.

    Pourquoi le stade change tout

    Plus on investit tôt, plus le risque d’échec est élevé, mais plus le prix d’entrée est bas. Une société en amorçage valorisée 2 M€ doit être revendue 20 M€ pour faire « 10 fois » ; une société en série C valorisée 100 M€ doit atteindre 1 milliard. Les investisseurs professionnels exigent donc des multiples potentiels très élevés en amorçage, pour compenser les nombreux échecs, et se contentent de multiples plus modestes aux stades avancés, où le risque est plus faible.

    Plus on investit tôt, plus on sera dilué. Une société en amorçage lèvera encore plusieurs fois avant sa sortie : votre part du capital diminue à chaque tour. Votre gain dépend alors de l’écart entre le prix d’entrée et le prix de sortie, mais aussi des droits négociés par les investisseurs suivants, comme les préférences de liquidation.

    Plus on investit tard, plus l’information est disponible, mais plus la marge de progression est réduite. Le marché secondaire (Caption) et les tours de croissance offrent des sociétés plus lisibles, à un prix qui intègre déjà une partie du succès.

    Construire sa stratégie par stade

    1. Décidez d’une répartition. Par exemple une majorité de lignes en amorçage et série A, où se trouve l’essentiel de l’offre en crowdequity, complétée par quelques dossiers plus matures pour réduire le risque global.
    2. Multipliez les lignes aux stades précoces. Les études suggèrent qu’il faut une vingtaine d’investissements pour avoir de bonnes chances d’approcher le rendement moyen : un seul « coup de cœur » ne suffit pas.
    3. Adaptez le ticket au risque : tickets plus petits en pré-amorçage, plus importants sur des sociétés déjà rentables.
    4. Gardez une réserve pour réinvestir dans vos meilleures sociétés lors de leurs tours suivants.
    5. Soyez patient : les échecs apparaissent souvent en premier, les succès plus tard. Juger un portefeuille au bout de deux ou trois ans conduit à de mauvaises conclusions.

    Pour aller plus loin, voir notre guide Investir dans une start-up et les définitions du lexique.

    Sources

    • Correlation Ventures, 21 640 financements (2004-2013), présentés par Seth Levine.
    • R. Wiltbank et W. Boeker, Returns to Angel Investors in Groups, Kauffman Foundation, 2007 ; synthèse dans Walnut, Angel Investing Statistics.
    • A. Signori et S. Vismara, « Does success bring success? The post-offering lives of equity-crowdfunded firms », Journal of Corporate Finance, 2018.
    • Crowdcube, Investor returns, données au premier trimestre 2025.
    • Sowefund, communiqué repris par Finyear ; indicateurs de LITA repris par Finance Héros.
    • Base de données Private Equity Direct : 718 levées recensées.
    Partager LinkedIn X E-mail

    À lire aussi

    Voir tous les articles