Dans quels secteurs investir en crowdequity ? Le panorama
Par Pierre du PED, structureur financier, 8 septembre 2025, secteurs
Sur les plateformes de crowdequity, on peut investir dans presque tous les secteurs : une brasserie locale, une biotech, un logiciel pour les PME, une centrale solaire citoyenne. Chaque secteur a sa logique de croissance, ses besoins en capital et ses risques propres. Ce panorama s’appuie sur les 718 levées recensées par Private Equity Direct, regroupées en grandes familles.
Ce que montrent les 718 levées
| Famille de secteurs | Levées | Montant levé | Levée médiane | Plateformes les plus présentes |
|---|---|---|---|---|
| Consommation et distribution | 137 | 67 M€ | 431 k€ | LITA, Tudigo, Caption |
| Alimentation et agriculture | 95 | 69 M€ | 502 k€ | Tudigo, Sowefund, LITA |
| Logiciel, tech et industrie | 68 | 54 M€ | 514 k€ | Tudigo, Sowefund, Anaxago |
| Santé et biotech | 57 | 56 M€ | 571 k€ | Anaxago, Sowefund, Tudigo |
| Impact et économie sociale | 57 | 33 M€ | 405 k€ | LITA |
| Services aux entreprises et RH | 50 | 43 M€ | 619 k€ | Tudigo, Sowefund, Anaxago |
| Immobilier et construction | 38 | 19 M€ | 336 k€ | LITA, Tudigo, Sowefund |
| Énergie et environnement | 29 | 54 M€ | 500 k€ | Sowefund, Anaxago, Tudigo |
| Culture, médias et loisirs | 19 | 9 M€ | 325 k€ | Tudigo, Sowefund, LITA |
| Mobilité et logistique | 13 | 10 M€ | 629 k€ | Sowefund, Blast, Crowdcube |
| Fintech et assurance | 12 | 19 M€ | 1,2 M€ | Anaxago, Blast, Sowefund |
| Éducation et formation | 10 | 7 M€ | 445 k€ | Sowefund, Anaxago |
133 levées n’ont pas de secteur renseigné dans notre base. Les montants sont arrondis.
Trois enseignements ressortent :
- Le crowdequity finance d’abord l’économie du quotidien. Consommation, alimentation et agriculture représentent un tiers des levées, loin devant la tech pure.
- L’énergie lève gros. Avec seulement 29 levées, le secteur pèse plus de 50 M€, porté par quelques opérations de plus de 10 M€ (ekWateur, Énergie Partagée).
- Les tickets les plus élevés se trouvent dans la fintech, la mobilité et les services aux entreprises, où les besoins en capital sont importants dès les premières années.
Les grandes familles, une par une
Consommation et distribution
Marques de produits, e-commerce, commerces et réseaux de distribution. Ce sont des activités faciles à comprendre et souvent déjà vendues en magasin. Leur point faible : des marges serrées, une forte concurrence et des besoins de stocks qui consomment la trésorerie. Dans notre base, c’est aussi la famille où l’on recense le plus de sorties négatives, principalement sur LITA.
Alimentation et agriculture
Agroalimentaire, foodtech, agritech, restauration. Le secteur attire par sa dimension concrète et durable. Les projets industriels (usines, fermes verticales, nouvelles protéines) demandent beaucoup de capital avant d’être rentables ; la restauration dépend fortement de l’emplacement et de l’exécution.
Logiciel, tech et industrie
Logiciels par abonnement (SaaS), applications, objets connectés, robotique, deeptech. Les modèles logiciels peuvent croître vite avec peu de capital et se valorisent sur leur revenu récurrent (ARR). Mais la concurrence est mondiale, et les valorisations demandées sont souvent élevées par rapport au chiffre d’affaires.
Santé et biotech
Biotechnologies, dispositifs médicaux (medtech), santé numérique. C’est le secteur au potentiel le plus élevé et au risque le plus binaire : un essai clinique ou une autorisation réglementaire peut faire ou défaire la société, et les délais se comptent en années. À réserver à une petite part d’un portefeuille déjà diversifié.
Impact et économie sociale
Entreprises solidaires, insertion, économie circulaire, « tech for good ». Certaines sont agréées ESUS, ce qui peut ouvrir droit à une réduction d’impôt majorée (article 199 terdecies-0 AA du CGI). Le rendement financier n’est pas toujours l’objectif premier : l’impact mesurable compte autant.
Énergie et environnement
Production d’énergie renouvelable, fournisseurs d’énergie, technologies propres (cleantech). Les projets d’infrastructure offrent des revenus prévisibles mais des multiples limités ; les technologies nouvelles sont plus risquées. Attention à ne pas confondre l’investissement en capital avec les nombreuses offres en obligations du secteur.
Services aux entreprises et RH
Plateformes de recrutement, logiciels de gestion, conseil, services B2B. Leur force : des clients professionnels fidèles et souvent des revenus récurrents. Leur cycle de vente est en revanche plus long.
Immobilier et construction
Ici, il s’agit de sociétés (proptech, construction durable, foncières solidaires), et non d’opérations de promotion immobilière, que nous ne recensons pas. La rentabilité dépend fortement des taux d’intérêt et du marché immobilier.
Les autres familles
Culture, médias et loisirs, mobilité et logistique, fintech et assurance, éducation : moins représentées, elles offrent des occasions de diversification, avec des logiques propres. La fintech, par exemple, combine forts besoins en capital et contraintes réglementaires.
Comment choisir ses secteurs
- Investissez dans ce que vous comprenez. Votre métier, vos centres d’intérêt et votre région sont un avantage pour juger un marché et une équipe.
- Diversifiez entre secteurs aux cycles différents : par exemple consommation, logiciel et santé ne réagissent pas de la même façon à une crise.
- Adaptez le ticket au risque : plus petit pour les biotechs et les technologies de rupture, plus important pour des modèles déjà rentables.
- Regardez l’historique de chaque secteur sur nos pages secteurs, avec les deals en collecte, les montants levés et les plateformes les plus présentes.
Pour comprendre comment le stade de développement modifie le couple risque et rendement, lisez notre article sur les stades d’investissement, de l’amorçage à la série C.
Sources
- Base de données Private Equity Direct : 718 opérations en capital recensées sur 9 plateformes. Les secteurs indiqués par les plateformes ont été regroupés en familles par Private Equity Direct.
