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    Partage de la valeur à la sortie : préférences de liquidation, cascade et clauses de priorité

    Par Pierre du PED, structureur financier, 14 septembre 2026, levées, clauses et sorties

    Fruits frais et jus sur un plan de travail

    « La société a été vendue 20 M€, je détenais 0,1 % du capital : je vais toucher 20 000 €. » Pas forcément. Dans la plupart des sociétés financées par des fonds, le prix de cession n’est pas partagé au prorata du capital mais selon une cascade de répartition (waterfall) prévue dans les statuts et le pacte d’actionnaires. Certains actionnaires sont servis avant les autres. Voici les clauses classiques, et ce qu’elles changent pour vous.

    L’exemple qui sert de fil rouge

    Une start-up a réalisé trois tours de financement. Avant sa vente, son capital se répartit ainsi :

    ActionnairesPart du capitalMontant investiType de titres
    Fondateurs40 %–Actions ordinaires
    Particuliers (crowdequity) et business angels15 %1,5 M€Actions ordinaires
    Fonds A (série A)25 %4 M€Actions de préférence, préférence 1x
    Fonds B (série B)20 %8 M€Actions de préférence, préférence 1x

    Les fonds ont souscrit des actions de préférence assorties d’une préférence de liquidation : en cas de vente, ils récupèrent d’abord leur mise. Regardons ce que touchent les particuliers selon le prix de vente.

    1. La préférence de liquidation non participante

    C’est la clause la plus répandue. À la vente, chaque fonds choisit entre récupérer sa mise (1 fois le montant investi) ou convertir ses actions en actions ordinaires et toucher sa quote-part. Il prend l’option la plus avantageuse.

    Prix de venteSans préférence : part des particuliers (15 %)Avec préférence non participante
    10 M€1,5 M€0 €
    20 M€3,0 M€2,2 M€
    40 M€6,0 M€6,0 M€
    100 M€15 M€15 M€

    À 10 M€, les fonds récupèrent 12 M€ de mise… alors qu’il n’y a que 10 M€ : les actionnaires ordinaires ne touchent rien, alors que la société a été vendue 10 M€. À 20 M€, les fonds reprennent leurs 12 M€ et les 8 M€ restants sont partagés entre fondateurs et particuliers. À 40 M€ et au-delà, les fonds ont intérêt à convertir : tout le monde est traité à égalité. La préférence pèse surtout dans les sorties moyennes ou décevantes.

    2. La préférence participante (« double dip »)

    Le fonds récupère sa mise et participe ensuite au partage du reste au prorata de sa part. Dans notre exemple :

    Prix de venteNon participanteParticipante
    20 M€2,2 M€1,2 M€
    40 M€6,0 M€4,2 M€
    100 M€15 M€13,2 M€

    Montants revenant aux particuliers (15 % du capital).

    Même dans une très belle sortie à 100 M€, les particuliers perdent 1,8 M€ au profit des fonds. Cette clause est plus rare et plus négociée.

    3. Le plafond de participation

    Compromis entre les deux : la préférence est participante, mais le fonds ne peut pas toucher plus d’un certain multiple de sa mise (par exemple 3 fois). Au-delà, il a intérêt à convertir. La clause protège le fonds dans les sorties moyennes et limite son avantage dans les grands succès.

    4. Le multiple de préférence

    Parfois, la préférence n’est pas de 1 fois mais de 1,5 ou 2 fois la mise : le fonds récupère le double de son investissement avant tout partage. C’est fréquent dans les levées difficiles ou les levées en baisse, quand l’investisseur négocie en position de force.

    5. Le rang : séniorité ou pari passu

    Quand plusieurs fonds ont une préférence, il faut savoir qui passe en premier :

    • Séniorité empilée : le dernier entré est servi en premier. À 10 M€, le fonds B récupère ses 8 M€ et le fonds A seulement 2 M€.
    • Pari passu : les fonds sont servis en même temps, au prorata de leurs préférences. À 10 M€, le fonds B touche 6,7 M€ et le fonds A 3,3 M€.

    Pour les actionnaires ordinaires, le résultat est souvent le même : ils sont derrière tous les fonds.

    6. Les clauses anti-dilution (ratchet)

    Elles ne jouent pas directement à la sortie, mais elles modifient la répartition du capital avant. En cas de levée à un prix inférieur, le fonds protégé reçoit des actions supplémentaires : en version full ratchet, comme s’il avait investi au nouveau prix ; en version moyenne pondérée, plus modérée et plus courante. Ce sont les actionnaires non protégés, dont les particuliers, qui supportent cette dilution supplémentaire.

    7. Le management package

    Dans les rachats par des fonds (LBO), les dirigeants reçoivent souvent des titres à des conditions avantageuses (sweet equity) ou un ratchet de management : une part supplémentaire du prix de cession si le rendement des investisseurs dépasse un seuil. C’est un outil d’alignement, mais il réduit d’autant la part des autres actionnaires.

    8. Le complément de prix et le séquestre

    Toute la somme n’est pas forcément versée le jour de la vente :

    Un investisseur peut ainsi recevoir 80 % de sa part le jour de la vente, et le solde, en totalité ou en partie, deux ans plus tard.

    Ce qu’il faut vérifier avant d’investir

    1. Les catégories d’actions existantes et leurs droits : la fiche d’informations clés et le pacte doivent les décrire.
    2. Le type de préférence : non participante, participante, plafonnée, multiple.
    3. Le rang des différents tours.
    4. Le montant total des préférences au-dessus de vous : additionnez les montants investis par les fonds. En dessous de ce montant, une vente ne vous rapportera rien.
    5. Les clauses de sortie : la sortie conjointe vous garantit les mêmes conditions que les autres actionnaires ordinaires, pas celles des fonds.

    Retenez la règle simple : plus une société a levé auprès de fonds avec des préférences, plus le prix de vente doit être élevé pour que les actionnaires ordinaires y gagnent. C’est un élément essentiel pour juger une sortie, et pour comprendre pourquoi une vente annoncée dans la presse peut décevoir les petits actionnaires.

    Sources

    • Exemple et calculs : Private Equity Direct. Les clauses décrites sont des clauses usuelles des pactes d’actionnaires ; leur rédaction exacte varie d’une opération à l’autre.

    À lire ensuite : Rachat, LBO, introduction en bourse : comment se passe une sortie pour un petit actionnaire

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